Trouvé ce blog et cette histoire grâce a Sophie...
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C'est surtout la fin, que j'ai mise en gras, qui m'a touchée.
Petite histoire d’adoption
Histoire improbable et pourtant vraie.
Elle c’est Odile, prof d’anglais dans un lycée haut de gamme a Paris. Fille de neurochirurgien. Grande bourgeoisie juive d’après guerre. Sa grand-mère a été déportée a Bergen Belsen. Elle y est morte avec deux de ses filles. Odile pourrait ne pas travailler, elle travaille quand même. Elle aime enseigner.
Lui, c’est Attila, poète hongrois, fils d’immigrants ouvriers ayant fuit Budapest en 56 pour s’établir en France. Son grand-père a tué pleins de juifs pendant la guerre et a été exécuté par les russes pour collaboration avec les nazis. Attila a fait tous les métiers, maçon, plongeur, brocanteur.
Odile a dix ans de plus qu’Attila. Elle n’est pas particulièrement jolie et c’est une fille brillante et drôle, le genre qui intimide les garçons. Attila, ressemble a Brad Pitt, en mieux. C’est un grand distrait un peu fantasque, fou de moto et de filles qui dépassent le 140 de Q.I. Avec Odile, il est servi. Avec lui, elle est heureuse.
Leurs familles, pour des raisons évidentes, protestent. Odile et Attila les envoient promener. Il y a des limites a vivre avec les actes commis par d’autres. Ces ceux-lê s’aiment et se marient en petites et joyeuses pompes. Ils aménagent rue des Abbesses, dans un appartement juché au dessus d’un club de travestis.
Ils veulent un enfant. N’y arrivent pas. Consultent. En vain.
Pour leur 7ème anniversaire de mariage, ils se retrouvent dans un orphelinat du Viet-Nam. Pauvre a crever. Les enfants ne mangent pas a leur faim. L’enfant qui leur était destiné, un nouveau-né, n’est plus “disponible�. Qu’est-ce que ça veut dire, ils ne le sauront jamais. Ils savent qu’ils sont des français dans un pays qui s’est déja appelé “Indochine�.
Il faudra faire une autre demande. À moins… À moins quoi? À moins qu’ils ne veuillent d’un enfant plus vieux ou malade. Sans même se consulter, ils disent oui. Il y en a un dont personne ne veut. Tout ce qu’ils sauront de son histoire, c’est que sa mère biologique a probablement eu un père américain et que portant le sang ennemi, elle a dû être ostracisée toute sa vie.
Odile et Attila ramènent un tout petit de 3 ans, l’air d’en avoir deux de moins. Qui ne marche pas. Qui ne parle pas. Qui mange a s’en faire vomir tellement il a eu faim. Odile et Attila lui donnent un nom d’étoile, David.
Pas très longtemps après leur retour en France, ils sont invités a un mariage. Ils amènent David, qui commence a parler, a sourire, qui marche. À la sortie de l’église, on jette du riz sur les mariés. David se
précipite, a genoux par terre pour ramasser le riz de ses petites mains avides. Toute la noce regarde l’enfant qui a eu faim fouiller les crevasses du pavé pour ne pas laisser échapper un seul grain.
Odile et Attila doivent le relever de force.
Aujourd’hui, David a vingt-cinq ans. Il est grand et costaud pour un vietnamien. Ses parents ne sont plus ensemble mais ils sont toujours les meilleurs amis du monde. David étudie a Boston où il termine un doctorat. Il est fiancé ê une jeune américaine d’origine ukrainienne.
Sa thèse porte sur “le devoir de mémoire, principes et conséquences�.
Et quand on lui demande pourquoi, il répond qu’il est la preuve que l’amour est plus fort que la mémoire. Et que c’est très bien ainsi.
